Rééducation Posturale Globale, N° 55 Septembre: 28-33,1996

 

HISTOIRE D’UN TRAITEMENT EN R.P.G. EN HOPITAL,

OU COMMENT PASSER DE LA THERAPIE A LA PREVENTION

 

Carla Vanti

Thérapiste de la Réhabilitation

Hôpital Sant’Orsola, Bologna – Italie

 

Quand D. est venu à la première consultation, il avait 36 ans.

 

INTERROGATOIRE

D. présentait une douleur lombaire apparue il y a 1 an et jamais disparue; la douleur était aigüe et localisée au niveau lombaire, au niveau iliaque et fessiers (parfois à droite, parfois à gauche). La douleur était moins forte en position couchée à plat ventre et durant le jour ; elle s’aggravait au réveil (surtout en se levant et en marchant), ainsi qu’en position érigée. Les mouvements qui provoquaient le plus la douleur étaient la flexion, la rotation et la latéro-flexion du tronc, surtout si ces mouvements étaient faits rapidement. La radiographie montrait une hémisacralisation, un important écrasement et un glissement antérieur de L5.

 

EXAMEN DU SUJET

D. se tenait avec une attitude mixte, plus antérieure sur la partie supérieure du corps, plus postérieure sur la partie inférieure du corps. On constatait globalement une forte rigidité dans l’attitude et une instabilité en position érigée, avec impossibilité de tenir les pieds joints.

En observant en particulier le tractus lombo-pelvien, on se trouvait en présence d’un bassin très vertical, un sacrum horizontal et une colonne lombaire aplatie ; en outre, le tronc était considérablement déplacé vers la droite.

Le point de rééquilibration  qui apparaissait le plus significatif pour D. était la cuvette lombaire (douleur).

En examinant la position bras le long du tronc et bras levés, on constatait que les compensations et la douleur augmentaient bras baissés et diminuaient avec l’ouverture des bras.

En flexion antérieure, la fermeture coxo-fémorale était presque inexistante et les genoux restaient fléchis.

 

OBSERVATIONS ET CONCLUSIONS DE L’EXAMEN

L’examen a été effectué dans une période de la journée très problèmatique pour D. (le matin tôt), qui mettait en évidence une situation difficile, pas seulement à cause de la douleur, mais à cause d’une rigidité générale que D. avait adoptée et par sa condition psychologique de dépression liée à son cas.

La douleur, tellement grave et durable, avait provoqué chez D. de telles réactions de défense, au point de bloquer complètement le segment lombo-pelvien. Il ne pouvait plus bouger le bassin, ni fléchir le dos ni se courber, ne courait plus, ne faisait plus de bicyclette, il était promordial d’effectuer des séances efficaces, mais avec progression lente et bien pilotées quant à la douleur.

 

CHOIX DE POSTURE, ASPECTS GENERAUX DU TRAITEMENT

Dans les conclusions d’évaluation, le traitement a été appliqué en tenant compte de :

a)       du choix du moment de la journée pour le traitement : celui le plus difficile pour D., tôt le matin;

b)       le nombre de séances : dans un hôpital public, le nombre de séances est fixé à l’avance (10 séances) ;

c)       dans la semaine, devant ce cas aigü, nous avons effectué 2 séances, en essayant de passer à 1 hebdomadaire, pour prolonger la durée du traitement, ne pouvant varier le nombre de séances ;

d)       le choix de posture : en charge ou non. Avec une douleur aigüe et un considérable écrasement de L5 ; au début du traitement, nous avons utilisé des postures en décharge pour passer aux postures en charge ensuite (debout penché en avant et debout au milieu) ;

e)       le choix entre postures en fermeture d’angle coxo-fémoral et ouverture d’angle coxo-fémoral : le deux ont été effectuées, en fermeture d’angle pour verticaliser le sacrum et horizontaliser le bassin, l’ouverture d’angle pour creuser le rachis lombaire ;

f)        le choix entre ouverture et fermeture des bras : les compensations étaient meilleures bras fermés, on a privilégié le travail dans cette position ;

g)       le travail sur le diaphragme : étant donné la forte tension du diaphragme, on a commencé par effectuer des manœuvres spécifiques ;

h)       l’harmonisation : ayant considéré la rigidité générale de D. et l’absence de mouvement lombo-pelvien dûe à la douleur, chaque séance comprenait un exercice d’intégration dynamique de la bascule du bassin : l’intégration statique privilégiait la perception du nouveau réalignement de la colonne, pour permettre à D. de maintenir la courbure lombaire ainsi que la correction du tronc, et pour améliorer la station érigée.

 

EVOLUTION DU TRAITEMENT ET RESULTATS

Dès les premières séances, la douleur a complètement disparu, et on a observé une amélioration significative du maintien ; cependant, il restait une certaine rigidité de la chaîne postérieure inférieure, qui pouvait provoquer une future rechute. Nous avons donc effectué une série de 10 séances par an, avec un contrôle des résultats.

Les photographies ont été prises avant chaque cycle de postures, et démontrent comment ces choix ont produit de tels résultats : au cours des années, la posture générale et l’élasticité se ont améliorés en éliminant les compensations. Mais à l’amélioration morphologique correspond un progrès parallèle de la part de D. dans l’utilisation de son corps, dans le mouvement du bassin et du dos. D. a progressivement repris la course, le vélo, la natation et se mettre en maillot de bain (donc montrer un corps maintenant accepté et agréable à voir).

Au cours de six années de travail, se sont manifesté quelques courts épisodes de douleur sans avoir le caractère de gravité de la première crise, mais qu’il a bien contrôlés : je peux donc affirmer que les cycles de postures ont été efficaces dans la prévention  d’apparition de crises douloureuses et pour éviter la prise de médicaments ou d’avoir recours à d’autres thérapies.

Malheureusement, il n’est pas très facile de faire comprendre ce point de vue dans un service de santé public, où on prescrit des traitements rééducatifs, et où les thérapistes de la réhabilitation n’opèrent que si un problème subsiste. Ce problème résolu, ils pensent qu’un traitement ultérieur devient inutile pour la prévention : l’histoire de D. nous démontre bien le contraire.

 

[Con l’autorizzazione dell’Université Internationale Permanente de Thérapie Manuelle – Saint-Mont (France)]

     
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